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sibirien gericht inhaltSibérie : devant la justice

Les voici à nouveau sur la route. Cette fois, pour deux mois. Par des températures jusqu’à -58°C. Mais cette fois-ci, ces « aventuriers » de Dieu se retrouvent devant la justice.

Les températures les plus glaciales depuis 10 ans. Jamais de ma vie je* n’avais eu aussi froid. Avec notre véhicule spécialement adapté, nous traversons les étendues de la Sibérie pour rencontrer des peuples dont presque personne ne connaît, ne serait-ce que le nom.

En zone interdite
Nous parcourons plus de 12 000 km. Et sur de nombreux tronçons à une vitesse moyenne de 10 km/h. Rien de tel que des conditions comme celles-ci pour exercer la patience.

Nous atteignons Belaja Gora et voulons poursuivre vers Chokurdakh. Pour cela, nous avons besoin d’une autorisation spéciale. En effet, au-delà du cercle polaire, à proximité de l’Alaska, nous sommes en pleine zone militaire interdite. Notre demande déposée en janvier s’est perdue dans le labyrinthe bureaucratique. Alors quoi ? Avec la plus grande audace, les membres de l’équipe décident de franchir la frontière, avec l’espoir que rien de fâcheux ne se passera. Pour les possesseurs d’un passeport russe, cela pourrait encore passer, mais pas pour les deux ressortissants allemands et les deux Biélorusses qui risquent une déportation. Vitali, qui nous a rejoint de Chokurdakh, appelle sans plus attendre le chef local du FSB (anciennement KGB). Il pense qu’ainsi nous pourrons entrer sans arrière-pensée. L’autorisation est suffisante au format informatique, et elle pourrait encore arriver avant que nous atteignions notre objectif : « Une déportation est exclue ! Au pire, vous risquez une amende de 300 roubles (env. 8 Euros) par personne. » Le risque étant gérable, nous prenons la route.

Un procès – une attraction
Nous atteignons Chokurdakh vers deux heures du matin. C’est un village de 2500 âmes perdu au milieu de nulle part : il n’y a rien d’autres dans les 500 km à la ronde, si ce n’est de la neige. Il est évident pour tous qu’on doit débarquer, surtout avec notre monstrueux véhicule. A 9h sonnantes, les policiers se pointent devant notre porte pour inspecter nos autorisations. L’estomac noué, nous démarrons l’ordinateur, mais la boîte mail est désespérément vide. Nous sommes poussés à visiter le commissariat dont l’ordinateur donne le même résultat. Notre cas est donc transféré au juge devant lequel nous devons comparaître à 16 heures.

La salle d’audience est pleine à craquer de curieux. Dans cette étendue glacée, l’audition d’étrangers est une attraction qui justifie à elle seule la fermeture de la station-essence, de la pharmacie et des autres magasins du village. Pour nous, une chose est claire : Jésus aussi est présent.

Une audition exceptionnelle
Le visage sombre, la juge nous accuse d’avoir pénétré dans une zone interdite sans autorisation. A quoi je réplique que nous nous sommes annoncés auprès du FSB et que le chef, aussi présent dans la salle, peut le confirmer. Là-dessus, le visage de la juge s’adoucit. Elle nous demande d’expliquer d’où nous venons et pourquoi nous sommes là – sans réaliser qu’elle lancerait ainsi une campagne d’évangélisation de deux heures.

Nous expliquons que nous sommes là pour apporter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ aux peuplades menacées d’extinction de Sibérie. Je partage mon témoignage dans lequel je parle de mon accident et des cinq heures pendant lesquelles j’étais mort avant de revenir à la vie. Les compagnons biélorusses chantent quelques chants. Et tout se transforme alors en une soirée d’évangélisation ayant fait salle comble comme nous n’aurions jamais pu l’organiser.

Condamnation La juge nous condamne à contrecœur à une amende de 2000 Roubles (env. 40 Euros) et ajoute avec une sympathie évidente : « La prochaine fois que vous venez à Chokurdakh, venez directement frapper à ma porte, même au milieu de la nuit. Je m’occuperai directement de toutes les formalités pour vous. »

L’amende de 2000 Roubles ne nous est pas difficile à supporter, et la pensée qui me vient me fait sourire : c’est probablement ce que nous aurait coûté la location de la salle.

Dieu a de l’humour… et un cœur qui bat pour les gens de ces extrémités glacées de la Terre.

 

*Collaborateur d'ACP